Résidences

 

 

Résidence d’artiste

 

 

Chaque année, le CAIRN centre d’art accueille des artistes sur invitation, pour la production d’œuvres ou d’expositions, et sur appel à candidature, pour une résidence de recherche.

Financée grâce au soutien de la DRAC – Direction Régionale des Affaires Culturelles – Provence-Alpes-Côte d’Azur, la résidence s’adresse aux artistes professionel·le·s qui souhaitent développer leur démarche en résonance avec les aspects multiples du territoire dignois : son patrimoine géologique, naturel, mais aussi son histoire et ses récentes évolutions.

Accompagné·e par l’équipe du centre d’art, l’artiste résident·e aura la possibilité d’ouvrir sa démarche au contact de scientifiques et de spécialistes de plusieurs disciplines. Si le projet le requiert, l’équipe du centre d’art s’engage également à faire le relais auprès des écoles, des habitant·e·s et auprès du tissu associatif local.

L’artiste en résidence au CAIRN est accueilli·e dans un logement situé dans le parc Saint-Benoît, au cœur du Géoparc de Haute-Provence. Le studio domine la vallée de la Bléone et offre un point de vue sur les montagnes alentours. Le cadre de la résidence permet de partir à la découverte des sites environnants en offrant une immersion dans le paysage ainsi qu’un espace de réflexion, d’incubation et d’expérimentation.

L’appel à candidature est lancé en fin d’année et offre une bourse de recherche pour une résidence de 6 semaines.

 

 

Résidences en cours: 

 

 

  • Yamile VILLAMIL ROJAS – lauréate de l’appel à candidature 2019

 

Yamile Villamil Rojas, artiste et chercheuse colombienne installée en France depuis 2013, s’intéresse aux pratiques collaboratives en art et travaille plus spécifiquement autour de rituels populaires et séculaires. La rencontre est une dimension fondamentale de ses projets qui questionnent les notions d’identité, d’altérité, de cultures et de territoires. Sa démarche s’inscrit dans une histoire de l’art participatif où il s’agit de créer dans l’espace social (et de s’intéresser à ses réalités) plutôt que dans l’atelier, collectivement plutôt que de manière isolée. L’œuvre n’est pas le fruit du travail de l’artiste seul, mais celui d’une collaboration en présence entre artiste et volontaires.

En résidence au CAIRN, elle a choisi de partir de la figure des Minkas* dans le but d’établir un «cercle de parole et de pensée» avec les habitant·e·s et/ou des interlocuteur·rice·s lié·e·s au réseau associatif dignois et d’engager ainsi une réflexion sur le corps comme «extension ou avatar de la terre que nous habitons» (Yamile Villamil Rojas). L’objectif, selon les propos de l’artiste, est d’interroger la manière dont la mémoire individuelle et collective se construit un «refuge» à travers le corps, les œuvres, les objets, les archives mais aussi à travers une certaine écologie de la relation. Faire surgir et (re)construire la mémoire d’un territoire en collaborant avec ses acteur·rice·s quotidien·ne·s pour contribuer à la réinvention des formes et lieux possibles du collectif.

* Pratique de rassemblement mise en place par les indigènes sur le continent américain dans laquelle une communauté engage un dialogue qui doit soutenir la mémoire individuelle et collective, en tissant les trames d’une société ou d’une culture. (propos de l’artiste dans sa note d’intention)

 

Yamile Villamil Rojas est née en 1985 à Bogotá. Elle vit et travaille à Paris depuis 2014. Artiste et chercheuse, elle a obtenu un Master 1 en Esthétique, Pratique et Histoire des Arts Plastiques et un Master 2 en Médias, Design et art contemporain à l’Université Paris 8. Actuellement, Yamile Villamil Rojas poursuit un doctorat en Arts et Langages à l’EHESS de Paris et a réalisé plusieurs projets de co-création en France et en Colombie. Ses projets ont été présentés dans le cadre d’expositions personnelles et collectives telles que Visions Magiques (jardin botanique José Celestino Mutis – Bogotà), Ici & ailleurs (Espace Khiasma, Paris), Papier Machine (bibliothèque Levi Strauss, Paris). Yamile Villamil Rojas mène des « médiations créatives » (Nous ne sommes pas le nombre que nous croyons être, Béton salon centre d’art et de recherche, Paris) et intervient régulièrement dans des publications et comme conférencière (musées et centres culturels en France et en Colombie).

La restitution de la résidence de Yamile Villamil Rojas est prévue à l’été 2020. Plus d’informations prochainement.

© Yamile Villamil Rojas_résidence de recherche CAIRN centre d’art 2019

 

 

 

  •  Laetitia JEURISSEN & Fabrizio TERRANOVA – lauréat.e.s de l’appel à candidature 2020

 

Laetitia Jeurissen (b. 1989, Belgique) est une artiste et curatrice qui vit et travaille à Mexico City. Ses intérêts pour le féminisme et les postcolonial studies notamment, ainsi que son désir de créer des réseaux d’affinités et des collaborations dans le monde de l’art contemporain entre différentes disciplines l’ont conduite à organiser plusieurs projets. Elle est co-fondatrice d’Aztlan en 2015, une plate-forme pour des recherches interdisciplinaires et de conférences. En 2016, Laetitia Jeurissen fonde Squash Editions, une série de propositions curatoriales qui ont lieu sur un terrain de Squash à Mexico City. Elle à créé plusieurs publications, organisé des expositions et travaillé dans le domaine de l’archive pour des galeries et des collections d’art de renoms. Elle a gagné plusieurs bourses et prix pour ses projets (Flemish Government grant, Mexican governement grant for foreign artists, Beca Adidas Border and P.A.C.). Dans sa pratique artistique, elle travaille essentiellement dans le domaine de la vidéo et de la photographie. Actuellement elle développe Octopi, un magazine trimestriel centré autour des pratiques de soin (care) et du ré-enchantement, le premier numéro est prévu pour l’été 2020.

 

Fabrizio Terranova (b. 1971, Italie) vit et travaille à Bruxelles. Il est artiste, cinéaste, activiste, et professeur à l’ERG (École de recherche graphique) à Bruxelles où il a initié et co-dirige le Master Récits et expérimentation/Narration spéculative. Il est principalement connu pour son film Donna Haraway, Story Telling for Earthly Survival  (2016), diffusé internationalement (Anthology Film Archives – New York, KunstenFestivaldesArts – Bruxelles, Tate Modern – Londres, Stedelijk Museum Amsterdam). Il a publié Les Enfants du compost dans l’ouvrage collectif Gestes spéculatifs (Les Presses du réel, 2015) et Pour un film chien dans l’ouvrage collectif Habiter le trouble avec Donna Haraway (Editions du Dehors, 2019). Il est également membre fondateur, avec Vinciane Despret, Emilie Hermant, Isabelle Stengers de DingDingDong – Institut de coproduction de savoir sur la maladie de Huntington pour lequel il a récemment réalisé Absolute Beginners (2019, IFFR, International Film Festival – Rotterdam, DOK – Leipzig). Son premier film,  Josée Andrei, An Insane Portrait (2010) a été prolongé par un livre publié aux Éditions du souffle.

 

Un monstre à deux têtes
Le projet sera la première collaboration entre le cinéaste Fabrizio Terranova et la curatrice Laetitia Jeurissen, né de leur intérêt et leur amour pour la science-fiction féministe, la fabulation spéculative et un art pointilliste et énergétique du portrait de personnages et situations en marge. Une conviction des nécessités formelles et sensibles de tout engagement politique. Le point de départ de cette collaboration est une passion commune pour la pertinence des Paraboles de Butler. Le désir de transformer un livre de science-fiction en film-enquête, pour lequel le territoire et contexte de Digne-les-Bains s’ouvrira comme une possible scénographie, lieu de mutation pour le futur imaginé par Octavia Butler*.

 

Une adaptation libre, un film-enquête /Territoires-frontières et refuges / Digne-les-Bains – zone refuge / Une méthodologie collective / Une restitution expérimentale.

 

La parabole du Trickster ** est le titre donné par Octavia Butler au troisième volume – jamais publié – de la trilogie de science-fiction des Paraboles. Les deux premiers volumes (Parabole du Semeur, Parabole des talents) racontent l’histoire de Lauren Olamina, une jeune adolescente afro-américaine de 16 ans qui essaie de survivre dans un futur-proche dévasté par les conséquences du capitalisme, et son corolaire, le réchauffement climatique. La migration forcée de Lauren et des habitants de son village natal californien vers le Nord des Etats Unis, où la promesse d’une vie plus soutenable les encourage à faire ce dangereux voyage, est consignée dans un journal intime, qui est à la fois le recueil d’une pensée philosophique-spirituelle nommé «Earth-seed» , persuadée que l’humain a besoin d’autre types d’histoires et de pensées pour assurer la vie sur terre.

Notre projet propose l’adaption libre de ce troisième volet mystérieux de l’écrivaine féministe afro-américaine sous forme d’un documentaire en trois chapitres et d’une restitution du travail de recherche. Ce film-enquête se réalisera sur trois territoires-frontières du globe: Digne-les-Bains, la frontière entre le Mexique et les États-Unis et la Turquie.

Trois lieux frontières, trois histoires singulières, trois cultures, trois zones-refuges sur lesquels articuler des bribes d’un réel singuliers et des fabulations à partir d’une oeuvre de fiction qui prend en compte l’urgence de composer dans un monde en profonde mutation. Des bouts de monde traversés par les transformations, flux migratoires de toutes sortes et de toutes espèces mais aussi zones refuges afin de réinventer un monde vivable.

 

* Octavia Butler, Née à Pasadena en 1947, longtemps considérée comme une des femmes les plus connues dans le domaine de la science-fiction, Octavia E. Butler devient célèbre en 1979 avec Kindred, le récit d’une jeune fille qui voyage dans le temps et rencontre ses ancêtres esclaves. Lauréate du prix Hugo 1984 et 1985 dans la catégorie nouvelles et du prix Nebula 1994 pour La Parabole des talents, ainsi que du très prestigieux prix MacArthur Grant « Genius », elle est le premier écrivain de science-fiction à recevoir cette distinction. Octavia E. Butler est décédée en 2006 à Seattle, à 59 ans.

 

** La figure du «Trickster» ou le Coyote, issus des cultures amérindiennes, est un fauteur de trouble, sorte de complément à l’individu civilisé ou conformiste, avocat du diable. Il est une figure de la «non-innocence» par excellence, il «semble forcer à déplier les problèmes, à explorer des plis inattendus et non-perceptibles, à créer de l’inconfort sans cependant paralyser l’action et la pensée» comme nous le décrit la philosophe Vinciane Despret.

 

 

 

Fabrizio Terranova & Laetitia Jeurissen_résidence CAIRN 2020

Texte extrait de la note d’intention de Laetitia Jeurissen & Fabrizio Terranova