Les œuvres sur le territoire local

Les œuvres sur le territoire dignois

 

« Dans l’acte de marcher, il y a le déplacement d’un point à un autre,

mais il y a surtout un effort, une intention,

qui rendent la découverte de chaque œuvre plus intense et intime »

 

 

Né en 2000 à l’initiative du musée Gassendi, le CAIRN centre d’art a invité de nombreux artistes à produire des oeuvres sur le territoire du Géoparc de Haute Provence, comprenant une vingtaine de commune sur plus de 200 000 hectares. Des temps de résidence longs permettent aux artistes d’explorer ces terres où patrimoine culturel et naturel s’enrichissent mutuellement. Les oeuvres conçues in situ sont ainsi étroitement liées aux caractéristiques de ces lieux, aux spécifités géologiques, historiques et culturelles qui se sont juxtaposées au fil du temps. « Je considère le paysage comme une succession de couches dont je serais la dernière strate »*, affirme Andy Goldsworthy, l’un des artistes présenté dans cette atypique collection « éclatée » sur le territoire.

La particularité des phénomènes géologiques façonnant les paysages tournmentés des Alpes de Haute-Provence constitue une source d’inspiration pour d’autres artistes internationaux, comme herman de vries (fenêtres, 2004-2007, posant le regard à l’intérieur de la roche) et Paul Armand Gette (Proposition transectacle de Digne à Auzet et vice versa, 2011, consituée des stations 0m., posé le long d’un tracé qui traverse des millions d’années en remontant la vallée du Bès).

La présence humaine, qui a joué un rôle fondamental dans l’évolution des paysage bas-alpins, n’est pas négligée par les artistes, dont les oeuvres révèlent les traces d’une vie agricole et pastorale autrefois intense. Reliant trois sculptures en pierre sèche qui marquent l’entrée dans la Réserve Géologique (Sentinelles), le circuit des Refuges d’Art d’Andy Goldsworthy est une oeuvre à parcourir et à habiter. Sur 150 km, le circuit emprunte les anciens sentiers qui connectent les hameaux en ruine, où des anciens bâtis ont été restaurés. Ces oeuvres-lieux** permettent d’accueillir une sculpture mais aussi d’abriter le randonneur le temps d’une halte rapide ou pendant toute une nuit.

Les itinéraires proposés sont ainsi une invitation à suivre le rythme lent et progresssif de l’exploration par la marche, loin de la vitesse haletante qui emporte l’homme contemporain vers une course quotidienne effrénée. L’œuvre d’art, croisée par hasard le long du parcours ou bien dénichée à la suite d’une quête itinérante, renouvelle à chaque rencontre une surprise singulière, intégrant notre présence à l’environnement. Le déplacement à pied facilite davantage la compréhension des espaces dans leur configuration, il permet d’intégrer les connexions entre une vallée et l’autre, entre un village et l’autre, il relève la distance entre notre époque et les époques antérieures.

Il s’agit d’une lecture globale du territoire comme celle proposé par Richard Nonas avec l’oeuvre Col; the second day (2018), qui s’inscrit dans la filiation des aligements de ménhirs préhistoriques. Constitué d’assemblage en bois positionné entre deux sommets sur le versant sud du Cousson, l’oeuvre ne se réduit pas à son site d’implantation mais elle anime le mouvement et les connexions entre deux points, l’interstice entre les deux sommets. (…) L’itinéraire se fait œuvre avec le Sentier Marcel où l’artiste Till Roeskens transpose sur le chemin entre le village et la bergerie, le récit du berger Marcel, ayant vécu sa vie dans ces montagnes de Haute-Bléone. Le caractère insolite de ce territoire a permis à d’autres artistes de faire dialoguer croyances mythologiques et évidences scientifiques, en tissant des liens entre paysage et archéologie. À partir de la salle du musée Gassendi qui lui est consacrée, l’histoire-fiction des Hydropithèques de Joan Fontcuberta nous accompagne à la découverte des antres et des falaises autour de Digne, conservant les traces de ces êtres légendaires.

Ces itinéraires artistiques sont une invitation à suivre le mouvement perpétuel de ce qui nous entoure : des plantes aux animaux, des ruisseaux aux étoiles, des hommes aux histoires. Car marcher c’est aussi participer au flux.

*Andy Goldsworthy, extrait d’un entretien réalisé le 11 avril 2002 au moment de la réalisation du Refuge d’Art de Thoard

**Cette notion a été introduite par l’historien Fabien Faure dans Oeuvres-lieux et lieux autres, thèse non publiée, 2003

Giulia Pagnetti, historienne de l’art et responsable du CAIRN entre 2016 et 2019. Extraits du texte introductif de L’art des parcours

 

 

Retrouvez l’édition du guide « L’art des parcours » pour randonner à la découverte des œuvres d’art en Haute-Provence

20 itinéraires cartographiés pour découvrir la collection d’œuvres à ciel ouvert sur le territoire de l’UNESCO Géoparc de Haute-Provence !

Outre le descriptif des parcours, ce guide présente les œuvres ainsi que des textes sur le travail des artistes et sur l’histoire de ce projet dignois.

Aux éditions Arnaud Bizalion. En vente à la boutique du CAIRN centre d’art et du Musée Gassendi.

 

 

 

 

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